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Aux antinucléaires qui cherchent une solution pour gérer les déchets radioactifs

dimanche 28 juillet 2013, par contact2

Il nous est reproché de ne pas nous prononcer sur une éventuelle solution pour les déchets nucléaires avec cette question lancée à la cantonade : « qu’est-ce que vous proposez pour les 274 000 tonnes d’UA » (uranium appauvri), qui finalement ressemble tant au « vous voulez la bougie ? Bande de nihilistes ! » du lobby nucléaire.

Il est vrai que notre message est simple, basique, loin des discours alambiqués et de la langue de bois. Vouloir l’arrêt immédiat des réacteurs nucléaires et prendre parti dans la gestion des matières radioactives n’ont évidemment rien à voir. Il ne nous appartient pas de revendiquer une solution en lieu et place de ceux qui ont créé le problème.

Et puis chercher une solution pour les déchets radioactifs est la preuve-même de l’existence du problème. Et ce problème, c’est justement leur radioactivité. La solution, bon sang mais c’est bien sûr, serait de la faire disparaître, mais, bon sang c’est bien sûr, nous savons tous que c’est impossible. Alors, au point où vous en êtes d’une recherche de solution, pourquoi ne pas revenir au Moyen-Age, quand le savant fou demandait au roi de l’argent pour transformer son plomb en or ? Pourquoi ne pas accompagner des demandes de finances pour une recherche « efficace » sur l’enfouissement, le stockage en surface ou sub-surface, la transmutation, les réacteurs de génération IV ?

Il nous est reproché d’entraver irrespectueusement le travail d’autres antinucléaires en sabotant un « débat public » auquel ils voudraient participer pour faire dire à l’ANDRA, l’IRSN, l’ASN que, finalement, le projet CIGEO n’est techniquement, ou « démocratiquement », pas bien ficelé. Ces autres antinucléaires veulent le dire dans des « cahiers d’acteurs ». Et bien nous, c’est clair, nous refusons d’être des « acteurs » dans des rôles pré-programmés par la bureaucratie des nucléocrates. Nous ne militons pas pour gérer quoi que ce soit ou parce que nous voudrions mettre en avant des alternatives ou de meilleures propositions.

Par contre, nous pourrions à notre tour considérer que ceux qui oeuvrent pour participer au « débat public » organisé, nous empêchent irrespectueusement de s’organiser sans bureaucratie. Et puis, il y en a toujours un(e) qui se croit suffisamment fort(e) pour penser vaincre à lui ou elle tout(e) seul(e) le pouvoir en place parce qu’il ou elle serait à la tête d’un argument imparable, d’une foule nombreuse, d’une brochette d’experts sérieux, de bons plans pour passer dans les médias de masse. Tout ceci se terminant en une sorte de mimétisme avec les experts, communicants et « anti-démocrates » qu’il ou elle dénonce.

Cependant, il semble qu’il y ait des interrogations dans le mouvement antinucléaire : certains se demandent si finalement, ce n’est pas un boulet que de porter un drapeau EELV, RSDN, ou STOP-EPR, dans une manifestation antinucléaire. Certains ont vu la force de 40 000 personnes, le 17 novembre 2012, à Notre-Dame-Des-Landes, sans drapeaux, sans logique de « marque », sans philosophie commerciale. Il y a des succès desquels on peut s’inspirer.

Les militants habitués - conditionnés même ! - à être "représentés" se sentent un peu perdus quand leur organisation s’étiole, s’effrite, s’éclate, du simple fait prévisible qu’ayant calqué leur structure sur la bureaucratie hiérarchique, personne ne peut plus masquer son aspect tyrannique donc anti-démocratique. Ils ont l’impression qu’on cherche à les casser « de l’intérieur ». Nous sommes ainsi accusés de saboter la lutte antinucléaire alors que c’est bien leur mode d’organisation et leur message brouillé qui les rend fragiles, faibles, et si peu efficaces. C’est une caractéristique fondamentale de la bureaucratie que de se fabriquer des ennemis « intérieurs », des « traîtres », des « réfractaires » à l’autorité bureaucratique, des « espions ».

Si nous sommes invités à réfléchir au devenir de la lutte antinucléaire pour « plus de démocratie », et pour l’arrêt de cette machine de mort, nous évaluerons notre participation sur un critère bien précis : c’est que justement, il soit laissé à chacun la chance de convaincre sur quelle forme d’organisation adopter et que le message soit sans équivoque. A l’instant où une banderole publicitaire, un signe ostentatoire à vocation commerciale, une machine à dons, viendrait s’immiscer dans le débat de manière autoritaire et ainsi édulcorer les revendications fondamentales, dans un consensus « mou », nous réagirions de manière virulente parce que nous savons, nous, que cette logique-là nous emmène au fond du gouffre et jamais ne réunira la force nécessaire pour nous mener à l’arrêt des réacteurs nucléaires.
Nous continuerons de dire les choses comme elles sont, de lutter contre la poursuite du mensonge, pour déconstruire les discours de co-gestion et d’accompagnement du nucléaire, pour dénoncer l’illusion de démocratie que les ONG « antinucléaires » à logique bureaucratique et commerciale participent à créer, et pour l’arrêt immédiat, inconditionnel et définitif de l’industrie nucléaire.

Coordination Stop-Nucléaire
11 juillet 2013

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